Chapitre 11 - Disciple de Jésus

Chapitre 11 - Disciple de Jésus
Par la grâce du Seigneur, Johan avait été relativement épargné, voire privilégié, dans le milieu dans lequel il avait été éduqué. Il n'avait commis aucun crime, ni sombré dans la délinquance. Pourtant, comparant sa vie à celle des autres chrétiens qu'il avait côtoyés à Galdwinie en Ecosse, et qu'il côtoyait maintenant à Strasbourg, il voyait bien qu'il ne correspondait pas à l'image qu'on se faisait des disciples de Jésus.
Devenir disciple de Jésus, impliquait donc nécessairement une discipline. Dans l'église catholique, ce mot désigne le martinet utilisé pour fouetter les moines récalcitrants. Peu enclin à la mortification, cela n'était pas fait pour le rassurer. Mais en fréquentant Régis, John et les autres chrétiens, il comprit qu'en réalité, la discipline chrétienne consiste tout simplement à appliquer les paroles de Jésus dans l’obéissance.
Ce fut une chance pour lui, de rencontrer les Navigateurs à Strasbourg. Régis et John en faisaient partie. Ce groupe chrétien avait reçu la mission d'enseigner et d’entraîner les chrétiens pour les faire progresser dans la discipline du Seigneur. Il se mit à assister régulièrement à leurs réunions. Avec une certaine pédagogie, ils l'avaient résumée à quatre grands principes ; la Parole, la prière, la communion fraternelle et le témoignage.
*
* * *
*
La Parole
Que ce livre de la loi ne s'éloigne point de ta bouche; médite-le jour et nuit, pour agir fidèlement selon tout ce qui y est écrit; car c'est alors que tu auras du succès dans tes entreprises, c'est alors que tu réussiras.
Josué 1:8
Dans l'église catholique, il n'est pas habituel de lire la Bible. Les encouragements à la lire sont très récents. Ils datent du concile Vatican II en fait. Dans sa famille très pratiquante, Johan avait eu un contact régulier avec la Parole de Dieu à travers la lecture hebdomadaire des textes de la liturgie dominicale de la messe, la lecture des évangiles au catéchisme, la lecture de l'histoire sainte qui est un résumé narratif de l'ancien testament.
Dans la période qui a précédé sa conversion, il avait entrepris de lire la bible, comme on lit une œuvre littéraire. Alors il n'avait pas dépassé le livre de l'Exode. Mais depuis, suivant l'exemple de Régis et de John, il alla plus loin que la simple lecture.
D'abord par la méditation quotidienne de la bible. Quelque fois, le matin, Régis venait le voir, choisissait un texte qu'ils lisaient à haute voix. Puis à partir de ce texte ils partageaient ce en quoi il avait parlé à leur cœur. Quelque fois un verset particulier montrait à Johan une voie à suivre en fonction des circonstances. Cela amenait parfois à une résolution concrète à appliquer dans la journée.
Ensuite la mémorisation. A l'école, comme dans sa famille, Johan était réputé avoir une mémoire d'éléphant. Jusqu'alors, au fur et à mesure des épreuves de la vie, il avait utilisé cette mémoire pour accumuler rancunes et rancœurs, méditant des projets de vengeance contre tous ceux qui l'avaient fait souffrir. Du jour de sa conversion il abandonna tous ses projets malveil-lants. De retour de Noël, il avait commencé à mémoriser la bible dans le but de ne pas perdre la face dans les joutes verbales avec les Navigateurs. A partir de ce jour, sa motivation changea. Johan connaissant ses réactions de colère et de violence, comprit qu'avoir en tête la parole du Seigneur pourrait canaliser ses sentiments pour Sa gloire.
Enfin par l'étude de la bible. Depuis le début des grandes vacances de l'été dernier, la démarche de Johan vers Dieu avait été extrêmement intuitive et chaotique. Il s'était laissé conduire au gré des circonstances. Il sentait maintenant le besoin de quelque chose de plus rationnel, de plus solide, basé sur les saintes écritures.
Régis animait des études bibliques hebdomadaires dans sa chambre. Il invita Johan à y participer. La première fois qu'il se rendit à l'une d'elles, il fut surpris de voir qu'une dizaine de ses camarades de l'ENSAIS venaient d'accepter de suivre Jésus comme Seigneur et Sauveur. Cette période fut une époque bénie car un grand réveil s'était opéré dans le milieu universitaire de Strasbourg. En étudiant la Bible avec eux, Johan apprit que d'autres avant lui dans le passé, avaient ressenti les mêmes choses et qu'ils avaient su l'exprimer par écrit sous l'inspiration du Seigneur. Il y trouvait des exemples à suivre pour réagir comme un vrai disciple de Jésus vivant et ressuscité.
*
* * *
*
La prière
Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ.
Philippiens 4:6-7
Par son éducation chrétienne, Johan avait l'habitude de prier, ou plutôt de réciter des prières, notamment le Notre Père et le Je vous salue Marie. Mais cet été, il avait vu son cousin Michael demander des choses précises et être exaucé. Il avait vu aussi les jeunes de la paroisse de Galdwinie exprimer des chants de louange et d'action de grâce. En priant avec Régis, il apprit à louer Dieu pour son Amour puissant, pour son pardon gratuit. Il apprit aussi à demander, pour lui, mais aussi pour les autres ce qu'il sentait que chacun avait besoin. Mais surtout il apprit à remercier Dieu. Étant très pessimiste de nature, il était toujours en train de se plaindre de ce qui n'allait pas ou de ce qui lui manquait. Par la prière d'action de grâce, il apprit à repérer toutes les bénédictions, les « clins Dieu » comme lui avait dit un jour Grand-Père, que Dieu lui avait accordé et à l'en remercier.
Il participait également à des réunions de prières dans lesquelles chacun pouvait exprimer une louange, une requête ou une action de grâce à voix haute. Johan était mal à l'aise pour prier comme cela en public. Cela l'obligeait à dévoiler ses manques ou ses faiblesses. Par ailleurs, certaines pratiques le choquaient.
— Johan, pourquoi ne pries-tu jamais en public, lui demanda un soir Régis.
— Je ne suis pas sur que ce type d'expression soit vraiment nécessaire.
— Pourtant Jésus à dit ; « Je vous dis encore que, si deux d'entre vous s'accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. » (Matthieu 18:19-20)
— A titre indicatif, je te ferais remarquer qu'il a dit « deux ou trois », pas une foule. Mais en fait, je suis choqué par certaines prières qui ressemblent à des « ballons libres » qui sont envoyés en l'air, comme ça, expliqua Johan en cliquant des doigts. J'ai l'impression qu'ils sont porteurs de messages subliminaux, voire de malédictions adressées à je ne sais quel autre participant, et qui vont éclater sur quelqu'un.
— Tu sais, toi, tu as été privilégié. Tu as baigné dans une ambiance chrétienne depuis ta naissance. C'est même étonnant que tu ais attendu aussi longtemps pour confier ta vie au Seigneur. Suivre Jésus est nouveau pour la plupart d'entre nous. Toi, comme nous, avons de grands progrès à faire dans la foi.
*
* * *
*
La communion fraternelle
Je vous dis encore que, si deux d'entre vous s'accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux.
Mathieu 18:19-20
Johan se sentait très seul à Strasbourg. C'était la première fois qu'il quittait le cocon familial. Son isolement s'était accentué suite à quelques réactions de violence à des pratiques ignobles vécues pendant le bizutage. Se rappelant l'ambiance bienveillante et joyeuse de la fête de Noël il avait envie de rencontrer d'autres « vrais » chrétiens.
Il se rappela alors les vacances de l'été dernier à Galdwinie, la chance qu'il avait eue de pratiquer des activités enrichissantes avec de jeunes chrétiens. Ils avaient tenté de partager avec lui leurs expériences et lui s'en était volontairement écarté, malgré les avertissements de Grand-Père, du Père Kenneth et même de sa petite sœur Lise et de son cousin Michael, qui tentèrent plusieurs fois de lui faire comprendre ce qu'il perdait en ne les écoutant pas.
Il écrivit une longue lettre à Kathleen, sachant que celle-ci saurait transmettre son contenu comme il faut à Sharon, et aux autres personnes qui le connaissaient en Ecosse. Il lui raconta dans le détail sa démarche jusqu'à sa conversion et qu'il leur demandait de le pardonner pour son attitude et de prier pour lui.
Un soir Régis vint chercher Johan pour aller manger au restaurant universitaire.
— Ça te dit que nous mangions ensemble ce soir ? demanda Régis.
— Oui ! Bien sur ! répondit Johan.
— Après si tu veux, on peut aller à une réunion de prière.
— Bof !
Johan finit par accepter. Ces réunions de prière avaient lieu tous les mardis soir. Ils se dirigèrent vers les nouvelles tours qui venaient d'être construites dans le quartier de l'Esplanade. Ils prirent un ascenseur et sonnèrent à la porte d'un appartement. Un jeune couple souriant leur ouvrit la porte. C'étaient les jeunes anglais qui venaient de se marier et envers lesquels il avait été particulièrement odieux à la fête de Noël. Ils avaient consacré leur vie au service du Seigneur dans le ministère des Navigateurs. Ils parurent surpris de le voir arriver avec Régis.
— C'est Johan, expliqua Régis. Il vient d’accepter le Seigneur.
— Entrez, dit la jeune femme. Soyez les bienvenus. Toi aussi Johan, ajouta-t-elle en souriant, voyant qu'il hésitait à entrer.
Johan était particulièrement mal à l'aise. Il eut envie de repartir. Mais les deux jeunes anglais le prirent à l'écart, l’amenant vers la cuisine. Ils firent devant lui une prière d'action de grâce pour remercier le Seigneur de ce qu'il avait fait dans sa vie et lui accordèrent spontanément leur pardon. C'était la première fois que Johan expérimentait le pardon humain de frères chrétiens. Il repensa aux multiples démarches de sa cousine Sharon et de son amie Kathleen qu'il avait refusées. Trop touché pour pouvoir répondre, il ne savait trop ni quoi dire, ni quoi faire. Alors ils lui mirent un plateau de jus d'orange dans les mains et l’entraînèrent à leur suite dans le salon pour servir les autres.
La soirée commença par une série de chants. Il en connaissait certains pour les avoir chanté à l'église, mais la plupart lui étaient inconnus. Petit à petit il prit beaucoup de plaisir à ces cantiques. Il y en a un qu'il préférait entre tous. Les étudiants le chantaient à plusieurs voix ;
Oh ! quel bonheur de le connaître,
L’Ami qui ne saurait changer.
De l'avoir ici bas pour maître,
Pour défenseur et pour berger !
REFRAIN
 
Chantons,chantons
D'un cœur joyeux
Le grand Amour du Rédempteur
Qui vint à nous du haut des cieux
Et nous sauva du destructeur.
Dans la misère et l'ignorance,
Nous nous débattions sans espoir,
La mort au cœur et l'âme en souffrance,
Quand à nos yeux il se fit voir.
REFRAIN
Il nous apporta la lumière,
La victoire et la liberté;
L'ennemi mordit la poussière,
Pour toujours Satan fut dompté.
REFRAIN
Vers l'avenir marchons sans crainte,
Et sans souci du lendemain,
pas à pas nos pieds dans l'empreinte
De ses pieds sur notre chemin.
REFRAIN
Puis l'un des responsables des Navigateurs présent lisait un passage de la bible sur la base duquel il adressait un court message d'encouragement. La soirée se terminait par la prière collective.
*
* * *
*
Le témoignage
Car je n'ai point honte de l’Évangile: c'est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit.
Romains 1:16
Chez Johan, le mot « évangile » évoquait beaucoup plus les textes des quatre évangiles Mathieu, Luc, Marc et Jean qu'une bonne nouvelle. Personnellement il venait tout juste de comprendre en quoi le message de Jésus était vraiment une « bonne nouvelle » ; Malgré son péché, Jésus était mort sur la croix pour le racheter, lui Johan, pour qu'il puisse vivre avec Dieu la vie éternelle. Cette bonne nouvelle s'adressait à tous les hommes. Il eut envie de la partager.
Le week-end qui suivit sa conversion, en rentrant chez lui, Johan raconta ce qui lui était arrivé et aussi comment il y était arrivé.
Ses parents ne comprirent pas vraiment le sens de sa démarche. Eux-mêmes s'étaient engagés pour Jésus, de façon presque transparente, dans le parcours standard de l'église catholique, lors de leur communion et de leur confirmation. Ils s'étaient mariés à l'église, avaient fait baptiser Johan et Lisbeth lorsqu'ils étaient bébés et avaient fait tout ce qu'il fallait pour qu'ils soient éduqués dans la foi chrétienne. Pour eux Johan était déjà chrétien. Mais ils s'étaient aperçus des effets dévastateurs de la solitude et du bizutage sur Johan pendant les premiers mois passés à Strasbourg. Constatant un changement positif chez lui, ils furent rassurés de le savoir entouré et heureux. Ils se contentèrent de l'alerter quant aux sectes.
Sa petite sœur Lisbeth, l'écouta sans rien dire. Elle avait déjà assisté à ce genre d'histoire chez ses cousins en Ecosse. Elle même se posait des questions sur le sens de la vie, pourquoi il y avait autant de souffrances et de maladies dans le monde ? Ces interrogations l'avaient orienté vers des études de médecine. Elle était alors en première année et préparait le concours de l'école de médecine qui monopolisait toute son attention. Elle fut heureuse pour son frère, mais n'était pas encore prête à s'engager.