Chapitre 12 - Vous serez mes témoins

Chapitre 12 - Vous serez mes témoins
Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre.
Actes 1:8
Weekend Navigateurs dans les Vosges
La première fois que Johan rendit témoignage, ce fut à un week-end d'évangélisation organisé dans les Vosges par les Navigateurs. John était venu le lui demander.
— Johan, tu viens au week-end dans les Vosges, n'est-ce pas ? demanda John.
— Oui, bien sur ! répondit Johan. Pourquoi me demandes-tu ça ?
— J'aimerai que tu y donnes ton témoignage.
— Ca consiste en quoi ?
— Juste, tu racontes comment tu es devenu chrétien.
La perspective de parler en public n'enchantait guère Johan. Raconter sa conversion au sein de sa famille chrétienne ou auprès de ses amis écossais, vivant eux-mêmes la foi chrétienne, n'avait déjà pas été facile. Mais s'exposer comme cela en public, c'était un point qu'il ne se sentait pas capable de franchir. Pourtant, il n'osa pas refuser. Alors John pria avec Johan, demandant à Dieu de le préparer à cette démarche.
Les jours qui précédèrent le week-end, Johan rédigea un texte sensé l'aider lorsqu'il aurait la parole. Ses notes représentaient plusieurs feuillets émaillés de références érudites à des versets bibliques. La veille il prépara son sac à dos, avec le même soin et la même compétence que lorsqu'il pratiquait le scoutisme quand il était enfant. Il éprouvait un trac monstre, mais matériellement, il était prêt.
Le samedi matin il partit avec John et Régis dans la voiture de ce dernier. Avant de démarrer, John fit une prière, demandant à Dieu de protéger tous les étudiants qui allaient se trouver comme eux en voiture, et de bénir le week-end qu'ils allaient passer ensemble. Les Navigateurs avaient loué le bâtiment d'une colonie de vacances dans la montagne non loin d'Orbey, une petite ville du sud de l'Alsace. En suivant la route bordée de congères qui montait dans la montagne, ils se demandèrent s'il serait possible d'accéder à la maison en voiture. La saison était pourtant déjà avancée, mais la neige n'avait pas encore eu le temps de fondre partout.
Arrivés à destination, ils furent dirigés vers leur chambrée respective par quelques étudiants chrétiens, à qui avait été confiés l'organisation du logement et l'accueil des participants. Puis ils furent invités à se rassembler dans la grande salle dans laquelle des chaises avaient été disposées en amphithéâtre.
Johan fut épouvanté en constatant la présence d'une centaine de personnes devant lesquelles il devrait parler le soir, dont une bonne vingtaine faisaient partie de son école. Ceux-là l'avaient connu en rébellion, fier, méprisant, violent et coléreux pendant les premiers mois passés à Strasbourg. Même si sur le fond il estimait sa réaction légitime, il sentait bien que la forme n'était pas digne d'un disciple de Jésus. Qu'allaient penser de lui tous ces gens ? Il sentit à nouveau le trac l'envahir et eut envie d'aller voir John pour lui dire qu'il renonçait à rendre témoignage, et qu'il devrait trouver quelqu'un d'autre.
Le matin, après quelques chants, l'orateur, fit une courte prière dans laquelle il demandait que Dieu l'inspire de Son Saint-Esprit et qu'Il ouvre le cœur des participants pour que chacun accueille pour lui, ce qui allait être annoncé. Le thème du week-end portait sur un verset de la deuxième épître de Saint-Paul aux corinthiens. Mais Johan était tellement préoccupé qu'il ne fit guère attention au message.
Après, il fallu remettre les tables en place pour le repas de midi, car la grande salle servait aussi de réfectoire. A table, Johan se retrouva avec des étudiants qu'il ne connaissait pas. Ceux-ci, probablement dans une posture empathique à son égard, l'interrogèrent sur sa vie. Mais lui, jugeant leur démarche inquisitoire se renferma en lui-même, ne répondant que par des phrases sibyllines laissant ses interlocuteurs dans l'expectative.
— De toute façon, pensa Johan, ce soir, ils sauront à quoi s'en tenir.
Après le repas, avant la randonnée vers le Lac Blanc prévue pour l'après-midi, il y avait un moment de temps libre. C'était un moment privilégié, prévu dans le programme du week-end pour favoriser les échanges entre les étudiants. Mais Johan, dans la crainte d’être à nouveau questionné, préféra rejoindre les quelques volontaires pour la vaisselle. Celle-ci terminée, Johan remonta dans le dortoir pour se chausser et s'équiper pour la marche.
Au repas du soir, espérant échapper encore aux questions gênantes du repas de midi, il rejoignit l'équipe de service. Celle-ci était régie par un couple de retraités, anciens de l'église de Sion, une église évangélique méthodiste de Strasbourg, qui avaient accepté de se charger de la cuisine pour tout le week-end. Les retrouver dans la cuisine eut un effet apaisant sur Johan. Par certains cotés, ils ressemblaient beaucoup à Granny et Grand-Père et l'ambiance de la cuisine lui rappela l'atmosphère calme et paisible de Galdwinie.
— Johan, tu parais bien préoccupé. Qu'est-ce qui te tourmente ? demandèrent-ils.
— John m'a demandé de donner mon témoignage ce soir et j'ai un trac fou. Et je n'ai pas l'impression que ma vie soit très édifiante, finit-il par avouer.
— Permet-nous de partager avec toi cette parole du Seigneur :
Mais, quand on vous livrera, ne vous inquiétez ni de la manière dont vous parlerez ni de ce que vous direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à l'heure même; car ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous.
Matthieu 10:19-20
— Témoigner est un commandement du Seigneur. Mais c'est aussi un grand honneur qu'Il nous fait de participer ainsi à la construction de Son Royaume. Quand nous aurons finis la vaisselle, nous prierons avec toi.
Et effectivement, toutes les tâches étant achevées, ils prièrent pour que le Saint-Esprit enlève toute crainte à Johan.
Pendant ce temps-là, la grande salle avait été réaménagée pour la soirée. Celle-ci débuta comme d'habitude par des chants de louange. Puis John invita Johan à s'approcher du pupitre réservé à l'orateur. Son cœur se mit à battre la chamade. Il se leva, prit ses notes et se retrouva face à l'assemblée, embrouillé, ne sachant plus par quoi commencer.
Quelqu'un avait laissé des notes sur le pupitre. C'était le verset qui servait de thème pour le weekend :
Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles.
II Corinthiens 5:17
Alors il comprit que ce qu'il avait fait auparavant n'avait plus aucune importance, que ce qui comptait, c'était ce qu'il était devenu. Et il se mit à raconter son vécu, simplement, dans la vérité, citant les versets de la Parole qui l'avaient aidé dans sa démarche, sans même consulter ses notes. La soirée terminée, plusieurs personnes vinrent le voir pour lui dire combien son histoire les avait touchés.
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Le clochard
Mais Johan n'était pas au bout de ses épreuves quant au témoignage. Celui de Régis était particulièrement exigeant. Lorsque celui-ci allait manger le soir au restaurant universitaire de l'Esplanade, il avait pris l'habitude d'inviter l'un des clochards qui faisaient la manche dans le hall d'entrée. C'était toujours une épreuve pour Johan que d'accompagner Régis dans ces conditions.
— Pourquoi prends-tu deux tickets de resto-U ? demanda Johan à Régis, la première fois.
— Viens avec moi, tu verras, répondit Régis, reprenant sans même sans rendre compte les paroles de Jésus, invitant les premiers apôtres à le suivre (Jean 1:39).
Depuis quelque temps, il y avait dans le hall, un jeune clochard à peu près du même âge qu'eux. A chaque fois qu'il le voyait, Johan se demandait quel accident avait bien pu amener ce jeune à la mendicité. Plutôt que de donner la petite pièce demandée, Régis lui tendit le ticket surnuméraire en l'invitant à l'accompagner pour le repas.
— Je n'ai pas d'argent sur moi. Mais ce que j'ai, je vous le donne, par le nom de Jésus-Christ, si vous acceptez de manger avec moi, dit Régis, reprenant les paroles de Saint-Pierre dans le chapitre 3 des Actes des apôtres.
— Mais certainement mon prince, répondit le jeune vagabond.
Tous les trois, passèrent le contrôle de l'entrée, suivirent la file des étudiants pour prendre les différents plats au self-service et allèrent s'asseoir à table. Pendant le repas, Régis, comme à son habitude, lui annonça l'évangile de Jésus-Christ.
— Pour m'en sortir, il me suffirait de 100 marks. J'ai un boulot qui m'attend en Allemagne.
A cette remarque impromptue de leur interlocuteur, Régis et Johan se regardèrent. Quelque chose les poussait à accepter de donner cet argent. Cela représentait environ 350 francs. Pour donner un ordre de grandeur de la valeur de cette somme, les parents de Johan lui allouaient 200 francs par mois pour sa nourriture. Donner cet argent, c'était se priver de sorties et de tout un tas d'autres plaisirs. Encore que Johan savait que ses parents ne le laisseraient manquer de rien s'il leur demandait un supplément de budget. Mais ce serait probablement au prix de quelques sarcasmes quant à sa naïveté.
— Si je donne la moitié, tu donnes le reste ? demanda Régis à Johan.
— D'accord ! répondit Johan, pas très sûr de sa conviction.
Johan et Régis revinrent au Foyer de l'Ingénieur où ils habitaient. Ils montèrent dans leur chambre respective pour aller chercher l'argent et redescendirent remettre les 350 francs au jeune clochard qui les avait suivis et qui les attendait dans le hall. Ils prièrent pour que Dieu utilise cette somme pour sauver cet homme.
Les jours qui suivirent, ils ne revirent plus le jeune clochard à son endroit habituel. Celui-ci, apparemment, du moins le pensèrent-ils, avait tenu parole et était parti en Allemagne pour y travailler. En fait, ils le rencontrèrent à nouveau le dimanche suivant, lorsqu'ils allèrent manger à Paul Appell, le resto-U qui était ouvert ce week-end là.
Il était là avec d'autres clochards ivres. Il n'y avait aucun doute sur ce à quoi, il avait employé l'argent dont ils s'étaient privés. Quand il les vit arriver, il les fixa d'un regard goguenard. Il tendit la bouteille qu'il avait à la main, comme pour leur souhaiter une bonne santé. Puis il en engloutit le contenu d'un trait.
Ce geste de provocation blessa profondément Johan qui sentit la colère monter en lui. Un moment, il éprouva le besoin de lui arracher la bouteille des mains et de la lui fracasser sur le crane. Mais il se souvint du texte extrait du livre des Proverbes qu'il avait médité avec Régis le matin et du verset qu'il avait mémorisé ce jour là :
Celui qui a pitié du pauvre prête à l’Éternel, Qui lui rendra selon son œuvre.
Proverbes 19:17
Et sa colère s'estompa comme par miracle.
 
Il serait dommage d’arrêter ce chapitre ici. Car cette anecdote trouva sa conclusion quelques années plus tard. Au risque de rompre la chronologie de ce récit, la voici :
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Johan venait de terminer ses études. Rappelé à ses devoirs civiques, il était en train d'effectuer son service militaire en Allemagne à Rastatt à coté de Baden-Baden. Confronté à nouveau à la violence, à la promiscuité de l'armée et paradoxalement à la solitude, il passait alors par une phase de ces dépressions qui minent la vie d'un homme. Il se trouvait en ce moment dans la salle des pas perdus de la gare de Strasbourg pendant une permission, attendant une correspondance pour Paris, quand un homme lui frappa sur l'épaule.
— Bonjour ! J'ai longtemps prié pour vous rencontrer à nouveau.
— Bonjour ! Mais qui êtes vous ? demanda Johan, importuné par la démarche de l'individu.
— Vous ne me reconnaissez pas ?
— Franchement, non !
Johan avait devant lui un homme de son age en costume trois pièces, présentant plutôt bien avec son air sympathique et manifestement chrétien puisqu'il parlait de prier. Mais son visage n'évoquait rien pour lui. Celui-ci lui tendait de l'argent.
— C'est l'argent que vous m'avez confié un soir à Strasbourg, il y a quelques années, dit l'homme en lui mettant les 350 francs dans les mains.
— Mais je n'ai pas besoin de cet argent, lui répondit Johan, un instant humilié que son allure de militaire en permission ait laissé supposer qu'il était dans le besoin.
— Cet argent, il faut que je vous le rende. Je sais que je vous ai blessé par mon attitude, mais il faut me pardonner. Ce que vous m'avez dit, vous et votre ami ce soir là, m'a beaucoup touché et n'a pas arrêté de me tourmenter. Depuis, je me suis fait baptiser, expliqua-t-il. J'ai trouvé du travail et je vais bientôt me marier, ajouta-t-il.
— Mais je n'ai rien dit ce soir là, avoua Johan, se remémorant tout à coup l’anecdote.
— Mais vous m'avez donné ce que je vous avais demandé... et je l'ai si mal utilisé, avoua-t-il à son tour.
Et Johan, revécut mentalement cette fameuse rencontre avec le jeune clochard, dont la vie avait été manifestement transformée par sa foi en Jésus-Christ. Ils se mirent à l'écart pour prier dans le hall et Johan, très ému, lui accorda son pardon comme il l'avait demandé.
L'homme l'ayant quitté, Johan se dirigea vers une cabine téléphonique, pour prévenir Régis de ce qui venait d'arriver, car légitimement, une partie de cet argent lui revenait de droit. Régis accueillit cette nouvelle comme une bénédiction et conseilla Johan de garder l'argent pour l'utiliser s'il trouvait quelqu'un dans le besoin.
Et le besoin ne se fit pas attendre, car il n'avait pas quitté la borne téléphonique qu'il se trouva nez à nez avec l'un des missionnaires Navigateurs qui lui raconta que sa voiture venait de tomber en panne, la courroie de distribution du moteur s'était rompue et celui-ci devait être remplacé.
— Tiens, lui dit Johan en lui tendant les 350 francs. Je suppose que ceci est pour toi.
— Mais comment sais-tu que j'ai besoin de cette somme ?
Johan lui raconta ce qui venait de se passer. Comme à Galdwinie, l'été qui avait précédé sa conversion, Dieu avait mis en place ce qu'il fallait au franc près pour répondre à un besoin et à une prière. Et ce plan avait débuté plusieurs années auparavant, par une soirée banale où la générosité de deux étudiants, a priori mal récompensée, avait été sollicitée.
Ce fut un grand encouragement pour Johan dans un moment où il se posait des questions sur le sens de sa vie et où il devait prendre des décisions importantes. Et la série de bénédictions ne s’arrêta pas là...
Dans la suite de sa vie, l’Éternel fut fidèle à sa promesse lue dans Proverbes 19:17, dans le sens où, matériellement, Johan n'eut aucun problème financier lourd à assumer, ceux-ci trouvant leur solution en temps et en heure. Lorsqu'il épousa Cornelia, ils firent cette prière du livre des Proverbes pour confier leurs besoins à Dieu. Et Dieu y pourvut fidèlement.
Je te demande deux choses: Ne me les refuse pas, avant que je meure ! Éloigne de moi la fausseté et la parole mensongère; Ne me donne ni pauvreté, ni richesse, accorde-moi le pain qui m'est nécessaire. De peur que, dans l'abondance, je ne te renie et ne dise : Qui est l’Éternel ? ou que, dans la pauvreté, je ne dérobe, et ne m'attaque au nom de mon Dieu.
Proverbes 30:7-9
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